§ Notes de terrainVivaTech 2026 · ParisJuin 2026

Jinka à VivaTech 2026.

Olivier DutertreJinka · juin 2026

J’ai pris le train de bonne heure de Vannes à Paris et passé deux jours Porte de Versailles à arpenter les allées de VivaTech. Voici ce que j’ai vu.

Wide shot of the VivaTech floor

L’échelle vous saute aux yeux d’emblée. 200 000 visiteurs venus de 165 pays, et l’ambiance semblait plus internationale que française, avec une forte présence est-asiatique et indienne. L’Inde était le Country Partner IA officiel cette année, et le Premier ministre Modi s’est déplacé en personne, ce qui donnait au pavillon indien une énergie bien à part du reste du salon.

En quelques minutes à peine, j’avais croisé une caméra IA qui analysait mon visage pour trouver la teinte de maquillage idéale, des robots totalement autonomes qui jouaient au foot en se rentrant dedans, le défilé habituel de voitures autonomes qui ne se conduisent pas tout à fait seules, et une machine à bubble tea entièrement autonome dans le pavillon de Taïwan. C’est finalement là que j’ai passé une bonne partie de mes pauses entre deux rendez-vous. Vingt mille pas par jour, ça se sent.

Robots on the floorTaiwan pavilion / boba machine

Comment on parle d’IA aujourd’hui

Le plus gros changement par rapport aux années précédentes tient à la place de l’IA. Elle est toujours partout sur le salon, mais elle est passée du titre à l’arrière-plan. Dire que son logiciel utilise de l’IA revient presque à dire qu’il tourne sur un ordinateur. Les stands qui attiraient vraiment l’attention avaient cessé de vendre l’IA en tête d’affiche : ils parlaient de ce que fait le produit et du résultat qu’il apporte.

La conversation est passée de la capacité au résultat.

Quelqu’un à qui j’ai parlé près du pavillon de Taïwan appelait ça la « soupe de LLM », et en parcourant ensuite les stands des plus petites startups, difficile de le contredire. Beaucoup se résument à une interface propre et une présentation soignée posées sur un modèle standard venu d’ailleurs, vendu comme une solution sur mesure. Ça marchait bien il y a deux ans. Cette fenêtre semble en train de se refermer.

Là où se tenaient les vraies discussions

Les porteurs de badges acheteurs, ceux qui évaluent des fournisseurs, n’étaient pas sur les stands grand public tape-à-l’œil. Les vraies conversations business se déroulaient dans les secteurs lourds : logistique, santé, assurance. Ces industries ont longtemps tenu l’IA à distance, parce que leur environnement réglementaire et leurs contraintes humaines la rendaient trop compliquée. Cela semble avoir changé. Elles y sont ouvertes aujourd’hui, mais elles ne cherchent pas des plateformes horizontales qui prétendent tout faire. Elles veulent des outils précis, conçus pour leur problème exact. La génération de notes cliniques pour les médecins, le suivi de conformité pour les équipes juridiques. Du sur-mesure, pas du généraliste.

C’est un vrai basculement. Le terrain du généraliste facile est saturé. Le travail d’infrastructure dans des secteurs enfin prêts à se moderniser, mais qui exigent qu’on le fasse avec soin et selon un cahier des charges précis, c’est là que les discussions se sont déplacées.

Country pavilions / the crowd

La souveraineté, nouvelle exigence d’achat

La souveraineté des données européenne était l’autre thème récurrent. Chaque pavillon national en avait sa version. La préférence pour des modèles exécutés localement, une infrastructure hébergée dans l’UE et une résidence des données entièrement sous juridiction européenne n’est plus une position de principe. C’est devenu une exigence d’achat.

Pour les entreprises qui ne peuvent pas tout rapatrier en local, la réponse la plus courante était ce que quelqu’un a décrit comme une architecture de souveraineté hybride : associer différentes briques d’IA, avec un chiffrement appliqué tout au long du processus, pour rester dans les clous de la conformité. La sécurité, la confidentialité et la certification pèsent ici d’une façon différente du marché américain, et les entreprises qui comprennent cet écart sont celles qui décrochent des rendez-vous sérieux.

Un moment avec l’équipe d’OVH

OVH est une entreprise que nous estimons beaucoup, et leur présence à VivaTech était à la hauteur. L’un des plus beaux stands du salon, et une équipe qui prend son travail au sérieux. Nous avons aussi pu tester l’outil de workspace qu’ils venaient d’annoncer, et il paraît très prometteur. Nous avons bien échangé sur les outils internes, sur la trajectoire de leur plateforme et sur les problèmes que nous voyons tous deux chez les clients à mesure que les attentes en matière d’infrastructure européenne évoluent. Le genre d’échange en personne qu’un e-mail ne remplace qu’en partie.

OVH booth

Pour conclure

Je suis reparti avec une idée plus claire de la direction que prend le marché européen. Et j’ai aperçu le président de la République à distance respectable, ce que je choisis de compter comme un rendez-vous.

Le train du petit matin en valait la peine.

The French president, from a respectable distance
Olivier Dutertre, Jinka · juin 2026