Des logiciels de transcription dans le cabinet de consultation. Des outils de facturation qui analysent les notes pour vérifier la conformité du codage. Les outils existent, et dans bien des cas ils tournent déjà.
Le problème de la mesure
Dans les échanges avec les professionnels qui font ce travail, un cadrage revient sans cesse : le « time to financial value », c’est-à-dire le délai avant de constater une valeur financière. C’est une bonne grille de lecture, parce qu’elle force à poser la question très tôt : comment saura-t-on que cela a fonctionné ?
Le point de départ le plus accessible, c’est l’efficacité des équipes. Combien de temps un clinicien consacre-t-il à la documentation avant l’outil, et combien après ? C’est quantifiable, et si le déploiement est bien structuré dès le départ, les données pour y répondre doivent être intégrées à l’outil lui-même dès le premier jour.
- Temps passé sur la documentation, avant et après
- Quantifiable dès le premier jour
- Données intégrées à l’outil lui-même
- Le bon point d’ancrage pour parler de ROI
- Les patients accompagnés par l’IA ont-ils de meilleurs résultats ?
- Une recherche légitime, et qui compte
- Autre calendrier, autre méthodologie
- Une mesure à plus long terme
La mesure à plus long terme, c’est l’amélioration des résultats cliniques. Les patients pris en charge avec l’aide de l’IA obtiennent-ils de meilleurs résultats dans la durée ? C’est une recherche légitime, et elle compte, mais elle suit un autre calendrier et appelle une autre méthodologie. Pour la plupart des cabinets qui évaluent un projet d’IA, le temps gagné par les équipes est le bon point d’ancrage pour discuter du ROI.
L’adoption est un prérequis
Impossible d’atteindre le ROI sans comprendre l’adoption. Cela paraît évident, mais c’est là que la plupart des déploiements échouent.
Savoir qu’un outil a été déployé ne dit pas s’il est réellement utilisé.
L’outil doit intégrer un audit et une journalisation qui permettent de voir qui l’utilise, à quelle fréquence, et comment les usages évoluent dans le temps. Si cette visibilité n’existe pas dès la phase pilote, vous ne mesurez rien.
Concrètement, tout déploiement a besoin d’un cadre de mesure avant le démarrage du pilote. Pas après le premier trimestre de résultats, pas pendant la construction. Avant le pilote. Que mesure-t-on, comment le collecte-t-on, et à quoi ressemble le succès à 30, 60 et 90 jours.
- Avant le pilote
Définir ce que l’on mesure, comment les données sont collectées et à quoi ressemble le succès.
- Jour 30
Première lecture de l’adoption : qui l’utilise, à quelle fréquence, et où l’usage reste faible.
- Jour 60
Boucles de retour en place. Modes de défaillance identifiés et réinjectés dans les itérations.
- Jour 90
Assez de données d’usage et de temps pour parler des gains d’efficacité, preuves à l’appui.
À cela s’ajoute le travail classique de conduite du changement : formation, points réguliers, boucles de retour structurées, itération. Les organisations de santé sont plutôt rigoureuses sur ce sujet, car les enjeux sont élevés, et cette rigueur est un vrai atout pour la qualité du déploiement.
La précision et la phase pilote
La santé est un secteur averse au risque, et pour de bonnes raisons. Les décisions touchent la santé des patients, pas des algorithmes de recommandation. La précision de l’IA est une préoccupation réelle, et elle doit être prise au sérieux.
Le changement de regard essentiel consiste à savoir ce qu’on peut attendre à chaque étape. On ne peut pas exiger d’un pilote la précision d’un système en production. Ce n’est pas son rôle. Un pilote sert à recueillir des retours, identifier les modes de défaillance et itérer. Entrer en pilote en exigeant que le système ait raison 99 % du temps dès le premier jour tuera des projets qui auraient réussi avec un seuil de départ plus réaliste.
Le chemin vers une grande précision passe par le pilote, pas à côté.
Les organisations qui y parviennent sont celles qui installent tôt les boucles de retour, traitent les erreurs comme de l’information plutôt que comme des échecs, et disposent d’un cadre de gouvernance assez souple pour permettre cette itération.
Le socle de données qui sous-tend le tout
Mesurer l’adoption et calculer le ROI suppose d’avoir un endroit où stocker les données : journaux d’usage, suivi du temps, indicateurs de résultats, taux de conformité de la facturation. Sans infrastructure de données, rien de tout cela n’est possible de façon systématique.
C’est là que les déploiements d’IA en santé calent souvent. L’outil clinique est déployé, les équipes s’en servent, puis six mois plus tard quelqu’un demande comment il performe, et la réponse est que personne n’a collecté les données pour le savoir. Mettre en place le socle de données et l’entrepôt n’est pas un chantier distinct du déploiement de l’IA. Il en fait partie.
Les organisations capables de démontrer un ROI clair sur leurs outils d’IA sont presque toujours celles qui ont traité la mesure comme une exigence de premier rang dès le départ, et non comme un sujet à régler une fois l’outil en production.
Si vous préparez un déploiement d’IA et souhaitez avoir le cadre de mesure et le socle de données en place avant le pilote, nous serons ravis d’en parler avec vous.
Jinka fournit des services de data engineering et d’infrastructure analytique à des organisations de santé en Amérique du Nord, en Europe et en APAC. Cet article se veut un panorama du secteur et ne constitue pas un conseil d’implémentation spécifique.
